UNIVERSITÉ D'OTTAWA Faculté des Arts

Laboratoire de français ancien


Notice sur l'édition par Albert Pauphilet de la Queste del Saint Graal (Paris, Champion) et sur le texte numérisé correspondant de la base Textes de Français Ancien (TFA)

May Plouzeau

(Fin de la rédaction : 2 juin 2004)

PLAN

§1

Objet de la présente Notice

§2

QuestePauph et réimpressions. Sigles

§2.1

QuestePauph. Principe des sigles

§2.2

QuestePauph2003

§2.3

QuestePauph1923

§2.4

QuestePauph1949

§3

Les principes d'édition exposés par Albert Pauphilet.

§4

Cuisine éditoriale effective de QuestePauph1949

§4.1

Méthode ici utilisée

§4.2.

QuestePauph1949 et le manuscrit K

§4.3

QuestePauph1949 et le manuscrit R

§4.4.

QuestePauph1949 et le manuscrit Z

§4.5

QuestePauph1949 et le manuscrit A

§5

De QuestePauph1949 à QuestePauph1949Num: le traitement des erreurs de l'édition

§6

Bilan. To whom it might concern

§7

Abréviations et codes utilisés dans la présente Notice

§7.1

Abréviations

§7.2

Codes

§1 Objet de la présente Notice

Dans les lignes qui viennent je décris principalement les caractéristiques de l'édition de la Queste del Saint Graal donnée par Albert Pauphilet aux CFMA, dans la mesure où je suis capable de les saisir. Plus brièvement, j'examinerai la philosophie des corrections qui ont été apportées au texte imprimé lors de sa saisie pour prendre place dans la base des Textes de Français Ancien (TFA) que constitue le Laboratoire de Français Ancien (LFA) d'Ottawa codirigé par France Martineau et Pierre Kunstmann et qui est interrogeable par l'intermédiaire de la page TFA sur un site tenu par Marc Olsen.

§2    QuestePauph et réimpressions. Sigles
§2.1 QuestePauph. Principe des sigles

Je parle §1 de "l'édition de la Queste del Saint Graal donnée par Albert Pauphilet aux CFMA" en employant l'article défini comme s'il y avait une seule édition. C'est qu'en dépit de retirages multiples, toujours aux CFMA, l'édition n'a en principe pas changé du tout de contenu depuis 1923, ainsi qu'a bien voulu me le confirmer Madame Sylvie Duhamel, des éditions Honoré Champion, dans un mail du 17 mai 2004 dont je tiens à la remercier: “1923 est la date de l'édition. Il y a eu une réimpression en 1999 et une autre en 2003 mais le texte reste le même”. (Je précise que si cette phrase ne mentionne pas d'autre réimpression que celles de 1999 et de 2003, c'est simplement parce que Madame Duhamel répond à un mien courriel où je ne la questionnais que sur ces deux réimpressions.) Il résulte de ces informations que je puis utiliser l'abréviation générique QuestePauph pour désigner le texte établi par Pauphilet pour les CFMA, indépendamment du tirage dans lequel il s'actualise.

En fait, les tirages ont été nombreux, à des dates variées. Mais il arrive que d'une réimpression à l'autre les CFMA introduisent sans crier gare de menus changements: voir à ce sujet le § 1 de la "Notice sur Les miracles de saint Louis de Guillaume de Saint-Pathus (éd. P. B. Fay) numérisés pour la base TFA" de May Plouzeau; c'est pourquoi j'individualiserai les exemplaires dont je m'occupe en leur donnant à chacun un nom particulier, qui se termine sur la date d'impression présumée.

§2.2 QuestePauph2003

En ce qui concerne la réimpression de 2003 (voir supra §2.1) qui était donc la dernière en date en mai 2004, j'ai vérifié par des sondages (en particulier sur les parties erronées du texte, voir infra §6) que l'exemplaire de QuestePauph2003 que j'ai acheté paraît coïncider en ce qui concerne texte et apparat critique avec le tirage présumablement opéré en 1949 décrit infra §2.4 sous le nom de QuestePauph1949. Et en effet, on voit que le texte et l'apparat on été obtenus par un procédé de reproduction à l'identique (qui n'est d'ailleurs pas précisé, et qui donne des caractères assez mal tracés), loin que l'ensemble ait fait l'objet d'une nouvelle saisie au clavier. QuestePauph2003 fait l'objet d'une notice §7.1.

§2.3 QuestePauph1923

L'édition de 1923, dont je n'ai pas vu d'exemplaire, a les caractéristiques suivantes selon l'item 1994 du Manuel bibliographique de la littérature française du moyen âge de Robert Bossuat (Melun 1951): “La Queste del Saint Graal, roman du XIIIe siècle édité par Albert Pauphilet, Paris, 1923 (CFMA, 33)”. Le DEAF désigne cette édition par le sigle SGraalIVQuesteP.

§2.4 QuestePauph1923

Dans la Bibliographie des TFA, bibliographie intitulée "Textes de Français Ancien (8-2003)" à la date du 16 mai 2004, l'édition Pauphilet de la Queste del Saint Graal est désignée comme suit: “Queste del Saint Graal (La Queste del Saint Graal, éd. par Albert Pauphilet, Paris, Champion, 1949) [Queste*]”. La date de 1949 est en principe une date d'impression, et non une date de nouvelle édition, mais les auteurs de la Bibliographie des TFA ont sagement agi en précisant la date de leur exemplaire.

Pour ma part, j'utilise un exemplaire des CFMA daté de 1949, coté XD 10445 à la Bibliothèque universitaire de Lettres l'Université de Provence en mai 2004. La description détaillée, faite d'après le volume, est la suivante: La Queste del Saint Graal {,} roman du XIIIe siècle édité par Albert Pauphilet, Paris (Champion) 1949, XIV - 303 p. (CFMA 33). La p. [303] porte la Table des matières et l'indication du procédé utilisé pour la réimpression. La date de 1949, la seule à figurer sur l'exemplaire pour 'éclairer' l'histoire de l'édition, se lit sur la page de titre (je ne sais si la première page de couverture porte une date: la bibliothèque y a collé une très large étiquette magnétique qui est susceptible de recouvrir quelques informations imprimées) ; la date de la première parution n'est pas rappelée; pas de date de copyright; pas d'achevé d'imprimer: on lit simplement p. [303]: “Réimpression photomécanique, Les Procédés Dorel, Paris”.

Selon mes vérifications, le texte de cet exemplaire est bien le même que celui qui est la base du texte des TFA. Je désigne cet exemplaire aixois par le sigle QuestePauph1949.

§3 Les principes d'édition exposés par Albert Pauphilet

Albert Pauphilet décrit comme suit les principes qui l'ont guidé (je remplace un alinéa par un tiret): “1° Divers arguments permettent de démontrer que seules les versions ABCD et KRZ sont propres à servir de base, et que KRZ est préférable. Nous l'avons donc choisie, en adoptant le graphie de K, qui est la plus constante. - 2° pour le contrôle et la correction de cette version, les mss. collationnés sont: A (accessoirement D), S (accessoirement S'), et V (accessoirement Ad). En effet, partout où notre version de base /./ est d'accord avec A /./, elle doit être tenue pour suffisamment établie. /./ Lorsqu'il y a désaccord, la collation des deux autres mss. /./ intervient /./” (QuestePauph1949, p. VII-VIII). Au terme de quoi, “Par ces moyens, notre texte peut donc être corrigé des erreurs, assez peu nombreuses, qui sont particulières au groupe KRZ; et surtout il devient digne d'être considéré comme assez authentique et assez exempt des caprices des remanieurs pour permettre l'étude littéraire de la Queste” (QuestePauph1949, p. VIII).

Les sigles des manuscrits choisis par l'éditeur sont explicités (avec plus ou moins de soin) dans QuestePauph1949 p. [III]-V. J'explicite pour ma part §7.1 ceux de A, K, R et Z, qui correspondent aux seuls manuscrits auxquels j'ai eu recours de visu pour rédiger la présente Notice.

§4 Cuisine éditoriale effective de QuestePauph1949
§4.1 Méthode ici utilisée  

Pour vérifier la pratique effective de QuestePauph1949, je compare avec quelques manuscrits un passage de QuestePauph1949.

Voici tout d'abord le texte de QuestePauph1949 3/12 à 3/19 (le chiffre 3 réfère à la page de QuestePauph1949, le nombre qui suit 3, à une ligne de cette page).

«"si li dist: "Biaux sire, vendrez vos
3/13 avec moi a la cort mon seigneur le roi Artuz?" - "Sire, 
3/14 fait il, nanil, avec vos n'irai je pas. "Et lors dist Lancelot a
3/15 l'abeesse: "Dame, soffrez que nostre noviaus chevaliers
3/16 viegne avec nos a la cort mon seignor le roi. Car il amen-
3/17 dera assez plus d'estre la que de ci demorer avec vos." -
3/18 "Sire, fet ele, il n'ira pas ore; mes si tost com nos cuiderons
3/19 qu'il en soit lex et mestiers, nos l'i envoierons."»

Avant de comparer avec les manuscrits, je dois indiquer mes principes de transcription. Dans mes transcriptions de manuscrits, je n'introduis pas d'accent ni de “lettre ramiste”; je reproduis les majuscules et la ponctuation des scribes (en l'occurrence seulement des points); je dégroupe ou regroupe les mots selon les conventions actuelles, sauf ceux qui dans une éditions moderne seraient séparés par une apostrophe (que je n'introduis pas); les lettres soulignées représentent des abréviations que j'ai développées (noter que dans le cas de lettres suscrites, je souligne dans mon développement aussi bien la lettre suscrite que ce qui doit l'accompagner, par exemple, si un manuscrit portait “t”, “a” suscrit, “i”, “t”, on lirait “trait” comme forme développée).

Par ailleurs, j'établirai des listes de variantes entre le texte de QuestePauph1949 3/12 à 3/19 et celui de certains manuscrits. Dans la présentation des variantes entre QuestePauph1949 et le texte de manuscrits, je reproduirai d'abord la leçon de QuestePauph1949, puis, après le signe des deux points, celle du manuscrit; à ce moment, j'introduirai les mêmes majuscules que dans QuestePauph1949 ainsi que des “lettres ramistes” et l'accent aigu, et je séparerai les mots à la façon moderne.

§4.2 QuestePauph1949 et le manuscrit K

Voici le texte de K (Lyon, Palais des Arts 77) correspondant à QuestePauph1949 3/12 à 3/19. Je travaille sur des microformes que j'ai achetées à l'IRHT il y a quelques années (je ne suis plus en mesure de préciser la date). Le passage se lit fol. 160 v° a.

“si li dist. biau sire uendroiz uos auec moi a la cort mon seignor le roi artus.
Sire fait il nanil {ou “nanil.” avec un point, je ne puis déterminer cela sur la
reproduction dont je dispose
} auec uos nirai je pas. Et lors dist lanceloz {le
ms porte
“lanc'.”} a labeesse. Dame soffrez que uostre {ou “nostre”} noviax
{il y a semble-t-il un caractère entre “a” et “x”, que je ne sais interpréter,
peut-être faut-il lire
“nouiaux”} chevaliers uiegne auec nos a cort chies mon
seignor le roi. Car il amendera plus assez destre la que de ci demorer auec
uos. Sire fet ele il nira pas ore. mes si tost com nos cuiderons quil en soit leux
et
mestier nos li envoierons.”

Synthèse des variantes entre QuestePauph1949 3/12 à 3/19 et K.

Il n'y a pas lieu de tenir compte des différences entre “Lancelot” et “Lanceloz: un développement de forme abrégée étant en jeu, il n'y a pas variante à proprement parler.

  • Variantes purement graphiques: 3/13 seigneur: seignor; - 3/13 Artuz: Artus; - 3/15 noviaus: noviax (noviaux?); - 3/19 lex: leux.
  • Variantes de morphologie verbale ou nominale: 3/12 Biaux: Biau; - 3/12 vendrez: vendroiz; - 3/19 mestiers: mestier.
  • Autres variantes (elles impliquent syntaxe et rythme): 3/16 a la cort: a cort; - 3/17 assez plus: plus assez.

Ces dernières variantes pouraient être des écarts voulus par rapport à K, étant donné les principes de composition de QuestePauph1949. Quant aux autres, elles montrent que le ms K n'a pas été suivi dans la lettre de ses graphies. A ce point, on se demande donc si Pauphilet n'a pas commis une étourderie, et que ce soit par exemple R dont il ait reproduit les graphies.

§4.3 QuestePauph1949 et le manuscrit R

Nous allons donc comparer le même passage de QuestePauph1949 3/12-3/19 avec le texte de R (Paris, BnF fr. 344), fol. 476 r°. J'ai transcrit R sur l'exemplaire de la (à cette époque) Bibliothèque nationale le 20 septembre 1980.

“Si li dist biax sire uendrez uos auec moi a la cort mon seignour le roi artuz.
Sire fait il naie auec uos nire ie pas Et lors dist lanceloz {le ms porte “.lanc'.”
avec points d'encadrement
} a labaesse. dame soufrez que nostre” nouiaus
chevaliers uiegne a la cort mon seignor le roi Car il amendera plus assez
destre la que de ci demorer auec uos. Sire fait ele il nira pas ore. Mes si 
tost com nos cuiderons quil an soit lex et mestiers nos li enuoierons.”
  • Variantes entre QuestePauph1949 3/12 à 3/19 et R:. Il n'y a pas lieu de tenir compte des différences entre “Lancelot” et “Lanceloz”: un développement de forme abrégée étant en jeu, il n'y a pas variante à proprement parler.

  • Variantes purement graphiques: 3/12 Biaux: Biax; - 3/13 seigneur: seignour; - 3/14 irai: iré; - 3/15 abeesse: abaesse; - 3/15 soffrez: soufrez; - 3/18 fet: fait; - 3/19 en: an.
  • Autres variantes (elles impliquent syntaxe, rythme, et sens): 3/14 nanil: naie; - 3/16 viegne avec nos a: viegne a; - 3/17 assez plus: plus assez.

Donc Pauphilet ne s'est pas tenu non plus à la graphie de R.

§4.4 QuestePauph1949 et le manuscrit Z

Aurait-il en fait suivi celles de Z (Paris, BnF nouvelles acquisitions françaises 1119)? C'est ce que nous allons voir en comparant le même passage de QuestePauph1949 3/12-3/19 avec le texte de Z, fol. 138 r° b. J'ai transcrit Z sur l'exemplaire de la (à cette époque) Bibliothèque nationale le 20 septembre 1980.

“Si li dist biau sire uendroiz uos auec moi a la cort mon seignor le roi 
artus. Sire fet il naie auec uos nirai ge pas et lors dit lanceloz{le ms
porte
“lanc'.”} a labeesse dame soffrez que uostre {ou peut-être 
“nostre”} nouax chevaliers uiegne auec nos a la cort mon seignor le
roi quar il amenderra {le ms porte “a”, “m” surmonté de barre de
nasalité,
“erra”} plus assez destre la que de ci demorer auec uos sire
fet elle il ra {sic: après “il” on voit la trace d'un ou deux caractères
effacés
} pas ore mes si tost com nos cuiderons quil en soi {sic: aucun
caractère ne paraît être effacé après
“soi”} lex et mestiers nos li enuoierons.”

  • Variantes entre QuestePauph1949 3/12 à 3/19 et Z. Il n'y a pas lieu de tenir compte des différences entre “Lancelot” et “Lanceloz (un développement de forme abrégée étant en jeu, il n'y a pas variante à proprement parler) ni entre “n'ira” et “ra” (placée en fin de ligne, il semble que la syllabe “ni” ait disparu pour des raisons matérielles).
  • Variantes purement graphiques: 3/13 seigneur: seignor; - 3/13: Artuz: Artus; - 3/14 fait: fet; - 3/14 je: ge; - 3/15 noviaus: novax; - 3/16 Car: Quar; - 3/16 amendera: amenderra; - 3/18 ele: elle.
  • Variantes de morphologie verbale ou nominale: 3/12 Biaux: Biau; - 3/12 vendrez: vendroiz; - 3/19 soit: soi.
  • Autres variantes (elles impliquent syntaxe, rythme, ou sens): 3/14 nanil: naie; - 3/17 assez plus: plus assez.

§4.5 QuestePauph1949 et le manuscrit A

Pauphilet aurait-il été étourdi au point de suivre A (Paris, BnF fr. 339) sans le dire? Voici le même passage, que je transcris d'après une microforme achetée à l'IRHT en janvier 1991. Il se trouve fol. 231 r° a-b.

“si li dist bel sire vendroiz vos auec moi a la cort le roi artu. Sire fet il nenil ore.
Lors dit lancelot a labeesse dame soffrez que nostre {ou uostre} noueaus 
chevaliers vienge auec nos a la cort le roi artu car il i amendera plus destre la 
que de ci demorer auec vos. sire fet ele il ni ira pas ore mes quant nos quideron
que leus en soit et tens nos li enuoieron.”

On constate que Pauphilet ne suit pas A. Nous ne poursuivons pas.

§5 De QuestePauph1949 à QuestePauph1949Num: le traitement des erreurs de l'édition

QuestePauph1949 comporte p. [302] une fort courte liste de huit errata. Les lieux objets de ces errata ont fait six fois l'objet de corrections tacites dans la saisie numérisée de QuestePauph1949 pour prendre place dans la base des TFA. Nous appelons QuestePauph1949Num ce texte numérisé.

Le caractère tacite des corrections est justifié, puisqu'elles sont en quelque sorte suggérées par l'éditeur lui-même. Mais “appareilliez” 194/8 a été laissé en l'état sans commentaire dans QuestePauph1949Num (alors que l'Errata demande de corriger en “apareilliez”) et on lit “Mescil [l. Mes cil]” dans QuestePauph1949Num en 219/9: la correction indiquée dans l'Errata a ici été explicitée. Donc, il n'y a pas eu totale unité dans l'introduction de corrections.

J'ai par ailleurs noté par hasard quelques endroits manifestement fautifs de QuestePauph1949 et absents de l'Errata. “apres lui” 95/2 devrait être édité “aprés lui”: la faute est restée dans QuestePauph1949Num; “croizde” 130/14 a été corrigé tacitement en “croiz de” dans QuestePauph1949Num; - “toz cels qui e bon cuer te reclaimet” 131/33 doit presque à coup sûr être imprimé “toz cels qui de bon cuer te reclaiment”: les fautes sont restées telles quelles dans QuestePauph1949Num. Donc, là aussi, menues inconséquences, ce qui n'a rien d'étonnant pour un texte aussi long.

Emmanuèle Baumgartner a dressé une liste de passages de QuestePauph qu'elle considère comme erronés p. [16] de QuestePauphTradBaum (voir §7.1). Ces passages impliquent la cohérence du contenu narratif et non pas des erreurs matérielles comme celles qui sont relevées ci-dessus. Aucun d'entre eux (j'ai vérifié) n'a été amendé dans QuestePauph1949Num.

§6 Bilan. To whom it might concern

Sur la passage choisi, QuestePauph1949 3/12 à 3/19, Pauphilet ne s'est pas astreint à suivre scrupuleusement la graphie d'un manuscrit particulier. J'ai fait des comparaisons similaires sur d'autres passages, avec des résutats semblables. Il est en définitive impossible de déterminer la signification de “Nous l'avons donc choisie {la version KRZ}, en adoptant le graphie de K, qui est la plus constante” (QuestePauph1949, p. VIII). Plus exactement, cet énoncé doit être considéré soit comme faux soit comme privé de sens. Dans ce produit bigarré, il n'est sans doute pas étonnant que ne soit indiquée au cours du texte la foliotation d'aucun manuscrit, et que l'apparat de variantes soit des plus réduits: ainsi, sur le passage QuestePauph1949 3/12-3/19, aucune variante n'est signalée dans l'édition. C'est que sans base ferme, présenter une varia lectio est ardu, et indiquer la foliotation d'un manuscrit inopportun: pourquoi faciliter au lecteur la comparaison de QuestePauph avec une base inexistante?

L'on peut d'ailleurs se demander si c'est par suite d'une prise de conscience des curieuses particularités de QuestePauph que les responsables des CFMA on introduit une variante notable dans leur page de titre: ce qui était “roman du XIIIe siècle {,} édité par Albert Pauphilet” dans QuestePauph1949 est devenu “roman du XIIIe siècle {.} Publié par Albert Pauphilet” dans QuestePauph2003.

Pauphilet affirme que le texte qu'il a établi “devient digne d'être considéré comme assez authentique /./ pour permettre l'étude littéraire de la Queste” (QuestePauph1949, p. VIII). Il est donc à souhaiter que les personnes qui désirent mener une étude littéraire du texte fassent le plus large usage de la numérisation préparée par les TFA.

Il importe toutefois de rappeler que touchant les conditions de possibilité d'une étude de langue nous avons besoin d'un texte non pas “assez” authentique, mais rigoureusement authentique, c'est-à-dire qui consigne de la façon la plus fiable la pratique des copistes. L'éditeur peut corriger à sa belle guise, mais tout écart de la base doit être signalé. Une édition composite qui ne marque pas explicitement en quoi elle l'est empêche d'accéder à un état de langue effectif et donc ne peut rien nous apprendre sur la façon dont un scribe a travaillé (a été travaillé par) les deux contraintes majeures qui s'imposaient à lui: la langue qui était la sienne, le(s) manuscrit(s) à recopier. Ce n'est pas sur la Queste de Pauphilet que l'on pourra mener des investigations du genre de celles que Brian Woledge a dévolues à Guiot, copiste de Chrétien de Troyes, lesquelles, par l'attention qu'elles portent aux productions d'une personne, ont fait progresser nos connaissance de l'ancienne langue. On ne peut non plus scruter QuestePauph pour chercher des marques de changement à l'intérieur de la langue d'un manuscrit, si elles existent, puisque tout est brouillé. Or, à qui sait les repérer, de telles marques sont le signe de choses advenues en amont du manuscrit: s'y inscrivent l'histoire de la langue, celle du texte, celle de la littérature, celle du goût, celle des dégoûts. Il est impératif de ne pas les effacer.

Voici de quoi illustrer ceque je viens d'écrire. Une rupture dans la langue du copiste peut trahir un changement de modèle, et renseigner entre autres sur la diffusion géographique d'un texte et sur l'intérêt qui lui était porté: voyez à ce sujet la magnifique démonstration de Geneviève Hasenohr p. 221-222 de HasenohrDonat (voir §7.1). La rupture peut aussi être le signe de strates dans l'élaboration d'un texte par son auteur: par exemple, il n'est pas indifférent que dans l'édition Imbs/Cerquiglini-Toulet du Voir Dit (GuillmachVoirIC, voir §7.1) au début du texte la graphie des missives, en prose, présente des picardismes absents de la graphie des partie en vers: cela montre que les lettres ont une histoire différente de celle du reste du texte. Il arrive aussi que des changements dans la langue d'une copie doivent se lire comme l'expression de mentalités; ainsi en va-t-il chez le scribe du manuscrit 'de Bruxelles' de La vie de saint Louis de Joinville: chez lui, le résultat du latin “or” tonique dans le produit de “pavor, oris” s'écrit toujours avec “our”, tandis que dans le produit de “senior, oris”, il s'écrit toujours “eur”; le mot qui appartient au vocabulaire de tous les jours reflète la prononciation de la Champagne; tandis que le mot qui traduit un terme décrivant les relations sociales ne reflète pas une prononciation aussi étroitement localisée. Si Jacques Monfrin avait gommé ces particularités graphiques dans son édition (voir JoinvilleM1995 §7.1), comment pourrions-nous saisir ce phénomène, l'opposition entre le mot qui vous prend aux tripes, lointain écho de la peur des croisés champenois en terre étrangère, et l'autre mot, exempt d'affectivité?

§7 Abréviations et codes utilisés dans la présente Notice
Je ne fais généralement pas figurer infra les abréviations qui figurent dans des citations de Pauphilet.

§7.1 Abréviations

A ms Paris, BnF fr. 339
BnF Bibliothèque nationale de France
CFMA Classiques français du moyen âge (collection)
DEAF Baldinger (Kurt), Möhren (Frankwalt), directeurs, Dictionnaire étymologique de l'ancien français ; Québec, Tübingen, Paris 1974-
fol. folio
fr. français
GuillmachVoirIC Guillaume de Machaut, Le livre du Voir Dit (Le Dit véridique). Édition critique et traduction par Paul Imbs. Introduction, coordination et révision: Jacqueline Cerquiglini-Toulet. Index des noms propres et glossaire: Noël Musso; s. l. (Librairie Générale Française) 1999 (© 1999; pas d’achevé d’imprimer; livre sorti en septembre 1999); 831 p. (Le livre de Poche 4557, Lettres gothiques.)P
HasenohrDonat Hasenohr (Geneviève), “Un Donat de dévotion en langue d’oc du XIIIe siècle: le Liber divini amoris”; dans Cahiers de Fanjeaux, Collection d’Histoire religieuse du Languedoc au Moyen Âge, 35 (2000), 219-243
JoinvilleM1995 Joinville, Vie de saint Louis. Texte établi, traduit, présenté et annoté avec variantes par Jacques Monfrin /./; Paris (Dunod) 1995 (copyright “1995”, “Achevé d’imprimer en septembre 1995” et “Dépôt légal septembre 1995); CXXXIX - 487 p., planches non paginées. (Classiques Garnier.) [Des impressions postérieures à 1995 introduisent de petits changements.]
ms Lyon, Palais des Arts 77
LFA voir §1
ms manuscrit
p. page(s).
QuestePauph voir §2.1
QuestePauph1923 voir §2.3
QuestePauph1949 voir §2.4
QuestePauph1949Num voir début du §5
QuestePauph2003 La Queste del Saint Graal {,} roman du XIIIe siècle {.} Publié par Albert Pauphilet; Paris (Champion) 2003 (dates explicites: “2003” sur la page de titre et “©1984” puis “©2003” au verso de cette page; il n'y a pas d'achevé d'imprimer); XIV - 302 p. (CFMA 33.) La page [302] porte, dans l'ordre, Table des matières et Errata
QuestePauphTradBaum La Quête du Saint-Graal traduite en français moderne par Emmanuèle Baumgartner, professeur à Paris X - Nanterre; Paris (Champion) 1979 (“1979” se lit seulement sur la page de titre; pas de date de copyright ni de date d'achevé d'imprimé; “Dépôt légal: premier trimestre 1980”); 257 p. (Traductions des Classiques français du moyen âge 30)
R ms Paris, BnF fr. 344
recto
TFA voir §1
verso
Z ms Paris, BnF nouvelles acquisitions françaises 1119

§7.2 Codes

§ collé devant un chiffre réfère aux sections du présent document
/ quand deux nombres sont séparés par une barre oblique, le premier renvoie à une page de QuestePauph, et le second renvoie à une ligne de cette page
/./ indique que je pratique une coupure dans mes sources
[...] entourant un nombre qui réfère à une page, les crochets droits signalent que cette page ne porte pas d'indication de numéro dans l'exemplaire
{...} encadrent des interventions que je fais à l’intérieur de citations
 

Dernière mise a jour : 11.01.2005

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